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Présentation
Supporter du Racing depuis 1997, j'ai eu tout le temps pour me forger une véritable passion à 600 km de Strasbourg, dans mon petit bled en plein milieu de la France.
J'ai donc dû ronger mon frein pendant 6 ans, supportant les moqueries de certains de mes compatriotes supporters d'équipes soit-disant plus huppées (et oui, par chez moi, point de bonnes équipes à moins de 200 km, donc on se choisit tous plus ou moins un rêve de part et d'autre de la France).
2003, me voilà debarqué en Alsace, mais cette fois-ci pour y "subir" une math sup au Kleber, donc même pas le temps d'aller à la Meinau, pourtant maintenant accessible. La vie est injuste lol !
Modérateur d'infosracing sur le déclin, pour cause de manque de temps (encore) mais aussi de manque d'envie à cause des dérives que peut subir un forum qui devient trop frequenté, je suis reconverti à contre-coeur comme simple campeur chez le site du KCB, avant de tomber en amour pour ce site.
2005, je quitte l'Alsace sans être allé une seule fois à la Meinau. Mais ma passion pour le Racing est toujours intacte ici, à Vaulx-en-Velin, où je poursuis ma formation d'ingénieur BTP à l'ENTPE.
J'ai donc dû ronger mon frein pendant 6 ans, supportant les moqueries de certains de mes compatriotes supporters d'équipes soit-disant plus huppées (et oui, par chez moi, point de bonnes équipes à moins de 200 km, donc on se choisit tous plus ou moins un rêve de part et d'autre de la France).
2003, me voilà debarqué en Alsace, mais cette fois-ci pour y "subir" une math sup au Kleber, donc même pas le temps d'aller à la Meinau, pourtant maintenant accessible. La vie est injuste lol !
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2005, je quitte l'Alsace sans être allé une seule fois à la Meinau. Mais ma passion pour le Racing est toujours intacte ici, à Vaulx-en-Velin, où je poursuis ma formation d'ingénieur BTP à l'ENTPE.
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Amis stubistes
Urinothérapie : dix huitres sur vin !
Allez hop ! Je me lance ! Voici notre rapport de controverse sur l'urinothérapie ou amaroli que j'avais promis à mes fidèles lecteurs (si si, il y en a) il y a bien quatre mois. Nous venons d'avoir notre note : 18/20. Honnorable. Bon, c'est peut-être difficilement lisible sans la mise en forme (stublog oblige) mais si ça interesse vraiment quelqu'un, envoyez-moi un MP et je vous mailerai le rapport.
Bonne lecture et bon courage !
Ayez l'estomac solide !
Bonne lecture et bon courage !
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Partie II :
Est-il sain de boire son urine ?
L’urinothérapie se base sur un principe simple : l’usage externe et interne de l’urine, même si, comme précisé en introduction, l’usage externe de l’urine ne porte pas à controverse face à celle créée par l’usage interne du liquide. Nous abordons ici la question de la dangerosité de la pratique de la thérapie par l’urine en reprenant la question soulevée : « est-il sain de boire son urine ? ».
Les acteurs se positionnant sur ce sujet répondent à cette question de deux façons différentes selon la portée qu’ils accordent à l’adjectif sain. En effet, il est possible d’entrevoir deux sous interrogations différentes dans ce même terme, et de partager ainsi l’étude en deux domaines, physiologique et psychologique : « est-il sain pour le corps de boire son urine ? » et « est-il sain pour l’esprit de boire son urine ? ». Deux interrogations qui révèleront des enjeux différents tout en utilisant des notions et des termes similaires.
Nous verrons ainsi l’importance du terme « déchet », aussi bien au niveau corporel qu’au niveau psychique. Pour juger de la dangerosité de l’utilisation interne de l’urine, défenseurs et détracteurs de cette pratique définissent chacun à leur manière le terme « urine ». Qu’est ce que l’urine ? On ne doit toutefois pas perdre de vue que cette définition n’est qu’un argument, voire une perception ou une conviction, pour trancher la question posée. Ainsi certains acteurs dont nous étudierons les argumentaires ont-ils basé leur réponse sur des comparaisons avec d’autres liquides, tandis que d’autres ont privilégié une analyse des composants de l’urine ou une représentation mentale que l’homme se fait de l’urine. Il est alors intéressant de constater comment les définitions successivement faites de ces mêmes termes « urine » et « déchets » peuvent faire évoluer, par des considérations purement sémantiques, la position des différents acteurs dans le débat, ainsi que le débat lui-même.
Martha Christy établit en 1994 dans son livre Your own perfect medicine une définition de l’urine à partir de la comparaison de celle-ci avec le liquide amniotique, ou plus précisément à partir de la comparaison du liquide amniotique avec l’urine. En effet, pour elle, le liquide amniotique n’est rien d’autre que « l’urine fœtale ». Elle explique que :
« Le liquide amniotique dans le lequel baigne le fœtus est avant tout de l’urine. En fait, le bébé inhale ce liquide de façon continue : sans lui, ses poumons ne se développeraient pas. Les médecins pensent également que la douceur de la peau des bébés et leur capacité de cicatriser rapidement après les opérations chirurgicales in utero viennent des propriétés thérapeutiques de l’urine présente dans le liquide amniotique. [2] »
Ce qui est bon pour un bébé ne pourrait donc pas être mauvais pour un adulte. Thèse réfutée par Kim Kelly, infirmière et naturopathe à Seattle, pour qui il est trompeur de dire que le liquide amniotique est composé « avant tout d’urine » comme le suggère Martha Christy.
« Tout ce que l’on peut affirmer, selon Mme Kelly, est que le liquide amniotique, comme l’urine, est composé majoritairement d’eau mais ne présente probablement pas la même composition. En effet l’urine résulte d’un filtrage du sang par les reins et permet l’évacuation des déchets du corps. Dans le cas du bébé, ces déchets ne sont pas évacués par son urine mais par l’urine de sa mère. [10] »
Nous voyons alors apparaître une nouvelle notion : la composition de l’urine. La proposition de Martha Christy pour prouver le bienfait d’ingérer son urine serait irrecevable car l’urine et le liquide amniotique n’aurait pas la même composition : ingérer du liquide amniotique sans danger ne serait donc pas synonyme de boire de l’urine sans danger car les composants diffèrent. Cela sous-entendrait donc le fait que l’urine contiendrait peut-être des éléments nocifs que le liquide amniotique ne contiendrait pas. Dans ce cas, quels composants diffèrent entre la composition de ces deux liquides ? Quelle est la véritable composition de l’urine ?
En 1996, Christian Tal Schaller affirme dans Amaroli2 que l’urine est composée uniquement « d’éléments bénéfiques à l’équilibre corporel et au bien être ». Pourtant, rejoignant le point de vue de M. Ndo, le directeur général adjoint du Programme National gabonais de Lutte contre le Sida Jean Juste Ngomo a formellement condamné, sur les ondes de la radio nationale du Gabon en 2003, la pratique de l’urinothérapie, une pratique scientifiquement inefficace et irréaliste selon lui. Il a affirmé :
« L’urine est l’un des principaux déchets de l’organisme. La consommer peut être source d’intoxication. [4] »
L’urine, selon lui, semble donc se définir comme un « déchet », terme auquel il associe l’idée de toxicité, c'est-à-dire la capacité de l’urine a crée des effets néfastes sur la santé. Il semble en fait légitimer la toxicité de l’urine par sa composition en déchets. Il est vrai que la vision populaire tend à associer au mot « déchet » l’idée de saleté. En effet, lorsque l’on cherche la définition de ce terme, voilà ce que l’on trouve sur l’encyclopédie populaire en ligne Wikipedia, auquel on accordera un crédit tout relatif, du fait de l’anonymat de ces auteurs, mais qui peut dénoter le point de vue populaire du terme « déchet » : « Un déchet est un résidu de production, de transformation ou d'utilisation que son détenteur destine à l'abandon ». Des définitions similaires sont d’ailleurs apportées par des dictionnaires plus institutionnels, comme Larousse ou Hachette.
Le point de vue développé par Ngomo illustre parfaitement cette définition ; définition contre laquelle les personnes défendant la thérapie par l’urine tente de lutter afin de démontrer la non toxicité de l’ensemble des composants de l’urine. Selon eux, cette dernière porterait en effet préjudice à l’urothérapie. Ils affirment de ce fait l’urine ne contient aucun déchet toxique mais uniquement des « déchets recyclables ». On constatera alors que la controverse se basera sur un composant particulier : l’urée.
Ainsi, pour Catherine Valat, déchet ne signifie-t-il pas obligatoirement toxique. Un déchet pourrait être soit toxique, soit recyclable ou réutilisable. Selon elle :
« [Les substances nocives rejetées par l’organisme] résultent uniquement de mauvaises habitudes : consommation de produits irradiés, aliments avec additifs chimiques, pesticides, alcool, nicotine, caféine, lipides indigestes… [8] »
La personne ayant un régime sain ne rejetterait donc pas de déchets dans ses urines. Bien au contraire, l’urine ne contiendrait que des éléments bénéfiques à l’organisme, comme des vitamines ou des hormones. Boyan Christoforov défend également ce point de vue en affirmant que l’urine ne contiendrait que des « éléments indispensables à la vie » et donc que réingérer ces éléments serait « totalement sans danger puisqu’il ne s’agirait que de leur faire faire un tour de plus dans l’organisme [3] ».
En fait, l’urine serait vue ici comme un liquide transportant tout les surplus, les excès, d’éléments essentiels à notre corps mais que celui-ci rejetterait pour cause de satiété. C’est, par exemple, ce que Brian C. Dobson expose sur son site Internet :
« L’urine est un fluide stérile et antiseptique excrété par les reins. Il est composé des aliments, des métabolites et de l'eau en excès dans le plasma sanguin. Il n'est pas toxique une fois placé dans le système digestif, qui agit en tant qu'organe de stockage pour les produits biochimiques puissants qu'il contient. [11] »
Cette définition du mot déchet est d’ailleurs celle donnée par le dictionnaire de l’Academie Française : « Déchets : Ce qui tombe d'une matière qu'on travaille, qu'on apprête. Par extension, Résidus, rebuts. ». En aucun cas ici n’est par exemple fait mention de matière dont il faut se débarrasser, mais plutôt de matière résiduelle. Le terme de « déchet » n’aurait donc plus aucun sens péjoratif.
Pour autant, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas mauvaise ou toxique que l’urine fait l’unanimité. On trouve sur le site anonyme et acerbe ressourcessceptiques.free.fr cette réflexion allant dans le sens de l’inutilité d’une telle pratique :
« Il est vrai que certains éléments constituants de l'urine sont bénéfiques pour l'être humain. Par exemple, si l'on ingère plus de vitamine C (soluble dans l'eau) que le corps peut traiter ou qu'il lui est nécessaire, le surplus passera dans l'urine. Cela ne signifie pas pour autant que boire son urine est une bonne façon d'obtenir sa vitamine C. Une orange ou un même un comprimé sembleront sans doute plus appétissants. De toutes manières, si on se débarrasse de sa vitamine C excédentaire en urinant, que fera le corps de celle qu'on reprend avec son urine? Si vous avez répondu qu'il va l'éliminer de nouveau, vous gagnez un bon point. S'il y a présence de vitamines et de minéraux dans l'urine, c'est parce que le corps qui l'a produite n'en avait pas besoin ou ne pouvait pas les utiliser. Aussi bien reprendre cette quantité excédentaire avec un grand verre d'eau. [12] »
Pour prouver la non toxicité de l’urine, les urinothérapeutes ont bien souvent recours aux éléments composant l’urine. Pour prouver leur théorie selon laquelle il est sain, même utile, de boire son urine puisqu’elle est composée d’éléments bénéfiques à l’organisme, Catherine Valat et ses collègues font appel aux constituants de l’urine utilisés par les laboratoires pharmaceutiques et dermatologiques. Citons l’urikonase, dont la communauté scientifique s’est accordée à reconnaître les vertus pour déboucher les artères et les veines. Thakkar tentera également de démontrer la non toxicité de l’urine par un éventuel effet immunologique dû aux bactéries présentes dans l’urine : si boire notre urine nous protège des maladies, comment cela pourrait-il être nocif pour notre corps ? Il écrit à ce sujet :
« J’ai pu voir de nombreux malades du sida qui, grâce à l’urine, s’étaient guéris. La raison scientifiquement simple qui explique le succès de cette thérapie contre le sida est probablement la prise des anticorps présents dans l’urine. En les absorbant, les patients reconstituent leur immunité. [13] »
Cette thèse sera reprise par Christian Tal Schaller qui affirmera que les propriétés immunologiques de l’urine « font de ce liquide un remède très efficace contre le Sida et d’autres maladies liées à la faiblesses de la défense immunologique comme la tuberculose [6] ».
Ainsi le site Internet naturinologie.info explique-t-il, en se fondant sur les propos de Schaller, que l’urinothérapie peut se pratiquer en cas de maladies aiguës et chroniques. Pourtant, pour le Docteur Djakbara Mara Lewa [14], la présence d’éléments bénéfiques dans l’urine (ce sur quoi le monde médical s’est accordé) ne prouve en aucun cas la non toxicité de celle-ci et par conséquent sa non dangerosité en tant que « boisson ».Pour Jean-Rollin Ndo, la réponse est, comme nous l’avons vu précédemment, très claire face à ce genre d’affirmations : l’urine peut se révéler dangereuse pour la santé. En effet, beaucoup de « déchets organiques » sont excrétés dans l’urine, comme par exemple la créatine, ainsi que beaucoup d’éléments minéraux et surtout l’urée « très toxique ». Dans le débat de la composition, un nouveau composant récurrent entre alors en jeu : l’urée, dont la toxicité fut, et est toujours, débattue. La toxicité de l’urée constitue en effet le principal argument pour prouver la dangerosité de l’urine au niveau de ses constituants.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes prônant cette pratique ne nous offrent pas d’affirmations claires. Sur le site Internet naturinologie.com on peu lire que « l’urée n’est absolument pas toxique, ni l’acide urique » alors que quelques lignes plus loin, l’expression est nuancée « l’urée n’est presque pas toxique ». L’ensemble des acteurs sembleraient alors s’accorder sur un point : l’urée présente une certaine toxicité, que certains minimisent et d’autres non, suivant le but recherché.
Il s’agit alors de convenir des limites de cette toxicité : urinothérapeutes, médecins, professeurs, ont introduit la notion de dose maximale. On peut constater que c’est à cette période que la controverse sur l’Amaroli s’est transformée en controverse sur l’urinothérapie, c'est-à-dire une pratique contrôlée notamment au niveau de la dose d’urine ingérée. Quelle est la dose d’urée à partir de laquelle celle-ci devient toxique ? Catherine Valat explique dans la revue Choisir et sortir autrement (Numéro 14, juillet-août 2005) que l’urée est toxique dans le sang mais que la « quantité ingérée par sa consommation purifie l’organisme et élimine entre autre les excès de mucus. » Certes l’urée serait toxique, mais à dose importante uniquement, c'est-à-dire que la pratique de l’urinothérapie ne représenterait pas un réel danger tant elle n’apporterait pas une quantité d’urée susceptible de nuire à la santé.
Pour le Docteur Ndo, l’urée semble, au contraire, très toxique dans le sang, même à dose thérapeutique. Il en est de même pour le Docteur Cotelle-Bernard qui explique (propos relatés par Cendrine Barruyer pour le site internet psychologie.com) qu’en pratiquant l’urinothérapie, l’urine de l’adepte va devenir de plus en plus concentrée. La concentration d’urée augmentant, l’urine va devenir peu à peu toxique. Le Dr V., ORL et chirurgien parisien pratiquant la méthode, le souligne :
« Il y a eu des drames, des cas d’hyperurémie (élévation excessive du taux d’urée dans le sang) parce que les gens se sont mis à boire d’un coup toutes leurs urines. [3] » Propos recueillis par Cendrine Barruyer sur psychologie.com qui ajoutera même :
« Il existe aussi un risque de contamination. De nombreuses médecines populaires appliquent des pansements à base d’urine, de matières fécales ou de purin. Résultats catastrophiques : ils communiquent le tétanos. [3] »
Toutefois, de même que pour l’urikonase, un autre argument sera développé se basant sur l’utilisation de ce constituant dans les laboratoires dermatologiques, notamment pour ses propriétés cicatrisantes. Les laboratoires dermatologiques, tels que le laboratoire Eucérin, ne nie pas utiliser ce produit, au contraire, il explique son utilisation au sein de leurs crèmes. Ainsi les laborantins déclarent-ils que :
« L’application de l’urée est sans danger puisque l’urée est non toxique et très peu réactive. Toutefois la stabilité de l'urée peut poser un problème : dans une formule contenant de l'eau trop longtemps conservée, l'urée peut se décomposer en dioxyde de carbone et en ammoniaque. [15] »
Nous voyons, au travers de cette citation, apparaître un nouvel élément dans le débat : les conditions de toxicité de l’urée. La toxicité de l’urée n’est là plus définie à partir de la dose de cet élément mais à partir de ses conditions d’utilisation avec d’autres composants et du temps au bout duquel le mélange ainsi crée sera utilisé. Et même si cet exemple dépend d’un usage externe de l’urine (crèmes pour le visage), on voit tout de même apparaître une nouvelle controverse au sein des acteurs prônant l’urinothérapie : faut-il boire l’urine vieillie ou uniquement l’urine fraîche ? Le mélange eau/urée correspond en effet aux conditions d’utilisation de l’urée au sein de l’urine. Ce mélange crée lors du vieillissement du dioxyde de carbone et de l’ammoniaque. C’est pourquoi Christian Tal Schaller explique qu’il ne faut pas boire de l’urine vieillie mais uniquement de l’urine fraîche et de préférence « the mid-stream of their morning urine », chaque matin. Pourtant Coen Van der Kroon affirme-t-il que l’urine vieillie possède également des vertus... La question du danger physique à boire son urine reste donc plus que jamais ouverte.
Parallèlement à cette question purement physiologique des dangers d’utilisation interne de l’urine se développe, principalement parmi les psychiatres et psychanalystes, une controverse sur le bien fondé psychologique d’un tel acte. Quelles conséquences peut avoir le fait de boire son urine sur la manière dont nous percevons nous-même et notre corps ? Est-ce que la réponse à cette question est universelle ou dépend-elle des différents tabous et normes posés par les institutions nationales ou communautaires ?
Comme le dit Cendrine Barruyer, journaliste déjà citée auparavant,
« Consommer sa propre urine ne doit assurément pas être neutre sur le plan symbolique ». C’est tout au moins la thèse que défend Coen Van der Kroon, dans son livre Elixir de vie : guide complet d’urinothérapie, en affirmant que l’urine aurait un effet psychologique fort. Effet psychologique qui consisterait pour lui à réapprendre à aimer son corps et à s'accepter jusque dans ses rejets. Interviewé par Cendrine Barruyer, le psychanalyste Jean-Pierre Winter répond :
« Faux. Il apprend à s’aimer comme déchet. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la technique a un tel succès en Allemagne et au Japon. Ces pays ont bien des déchets à recycler, au regard de leur histoire. [3] »
On notera une nouvelle fois dans cette déclaration l'utilisation dirigée du mot « déchet » dans un sens plus que péjoratif et commun. Mais Winter va plus loin dans ses déclarations :
« Si cette thérapie “dégoûte”, ce n’est pas parce que l’urine est sale, mais parce qu’elle nourrit le fantasme d’auto-engendrement. Quel est le message de celui qui boit son urine ? “Je n’ai besoin de personne, je me suffis à moi-même.” C’est un véritable rejet de l’autre. [3] »
Ces propos mettent en exergue un isolement auto infligé. Le rejet social ne viendrait pas alors, comme on pourrait le penser, des autres, mais de celui qui opte pour une thérapie par l’urine. On voit alors se dessiner peu à peu dans l’esprit de certains intervenants une analogie entre cette thérapie et les dérives sectaires actuelles. Dans un article de Marianne (N°339, 3ème semaine d’octobre 2003), l’auteur Charles Bénédicte explique « Comment le phénomène sectaire se banalise » et fait on ne peu plus clairement référence à l’urinothérapie :
« Difficile d'imaginer que de tels discours puissent trouver des oreilles attentives ? Erreur ! Les hérauts de ces prétendues « médecines alternatives » peuvent se montrer très persuasifs. C'est ainsi que des gens guère plus stupides ou incultes que la moyenne en arrivent à boire leur propre pipi. Eh oui : l’urino-thérapie (ou amaroli) préconisée par le Dr Christian Tal Schaller a ses adeptes. Ce constat n'a plus rien de comique lorsqu'on sait que, récemment, un bébé de 18 mois a été hospitalisé à la suite d'une urinothérapie. Ou que l'une des nombreuses activités du Dr Schaller, auteur d'ouvrages aussi profonds que Vivre gaiement la joie ou encore Rire pour gai-rire, avec Kinou le clown, consiste à promouvoir le rire en milieu hospitalier. [16] »
Cependant, il est aussi assez intéressant de mettre en parallèle ces déclarations de Jean-Pierre Winter, visant à faire de ceux qui se soignent par l'urine des égoïstes avec celles de Martha Christy, dénonçant plutôt l'égoïsme et l'intéressement des médecins qui ne pratique pas cette thérapie :
« La communauté médicale connaît les étonnantes propriétés [de l'urine] depuis des décennies, sans que le grand public en ait jamais eu vent. Pourquoi ? Peut-être croit-on que le sujet prête trop à la controverse. Mais ce peut être aussi, plus vraisemblablement, parce qu'il n'y a aucun avantage pécuniaire à révéler au public ce que les scientifiques savent déjà à propos du plus efficace des remèdes naturels au monde. [2] »
Néanmoins, alors que le problème économique n'est pas soulevé par tous les urinothérapeutes, le fait que la communauté médicale puisse cacher quelque chose parce qu'il tient du tabou n'est, lui, pas rare dans les propos des partisans à l’utilisation de l’urine. Coen Van der Kroon par exemple s'est tout de suite positionné sur cette question en affirmant que :
« Le blocage est psychologique, la véritable imposture est d'origine culturelle. Dès l'enfance, on nous apprend que l'urine est sale. Or chez un sujet sain, si l'urine n'est pas infectée par un virus quelconque, elle est stérile. On peut donc s'en servir pour désinfecter une plaie, ou la boire pour survivre. [9] »
Ceci tendrait à expliquer pourquoi des pays comme les gouvernements de la Corée, du Japon ou de l'Inde ne se soient jamais indignés devant une telle pratique. Tout simplement parce qu'il n'y a pas matière à être indigné. Là-bas, l'Amaroli tient de la tradition ancestrale et ne souffre d'aucun tabou. Eminemment local selon Emile Durkheim, célèbre sociologue français, le tabou serait principalement religieux et constituerait l’essence même de la société, or ces pays orientaux ont des religions différentes, des sociétés différentes et donc des tabous différents. Ils ne sont pas contraints par les tabous occidentaux imposés par l'Eglise sur le corps humain. Au contraire, l’Amaroli relève même d’un rite religieux hindou. Les pays africains par contre, comme le Cameroun ou le Gabon, anciennes colonies de pays d'Europe, resteraient quant à eux très fermés à l'urinothérapie à cause de leur passé et de leurs tabous trop occidentaux. Walter Last parle pour ce tabou de « conditionnement social » qui l’empêche de faire profiter des secrets de l’urine à ses patients :
« Cela fait de nombreuses années que j'affectionne l'urinothérapie, mais je ne l'ai que rarement indiqué à mes patients, sauf en tant que solution homéopathique, étant donné que notre conditionnement social inspire continuellement un fort sentiment négatif envers ce traitement. [17] »
Pour Claude Orsel, psychiatre et psychanalyste à Paris, ce n’est pas qu’une histoire de tabou. Il pense que l'action consistant à boire son urine tient de graves troubles mentaux. Le site Internet psychonet.fr rapporte ses propos dans un passage de leur article :
« « L'urinothérapie relève d'une angoisse de séparation que l'on comble en tentant de récupérer l'objet perdu et dans ce cas, en réingérant son urine » Chez les enfants par exemple, boire sa propre urine relève d'un grave trouble psychiatrique appelé "pica", contraction de pipi-caca. Et pour les adultes, précise-t-il, « ingérer de l'urine ou des matières fécales est un signe de schizophrénie. On appelle cela la "coprophagie". [18] »
L’urinothérapie n’entraînerait donc, selon lui, pas uniquement de potentielles maladies somatiques dues à la toxicité du liquide, mais aussi de possibles troubles psychiatriques.
Est-il sain de boire son urine ?
L’urinothérapie se base sur un principe simple : l’usage externe et interne de l’urine, même si, comme précisé en introduction, l’usage externe de l’urine ne porte pas à controverse face à celle créée par l’usage interne du liquide. Nous abordons ici la question de la dangerosité de la pratique de la thérapie par l’urine en reprenant la question soulevée : « est-il sain de boire son urine ? ».
Les acteurs se positionnant sur ce sujet répondent à cette question de deux façons différentes selon la portée qu’ils accordent à l’adjectif sain. En effet, il est possible d’entrevoir deux sous interrogations différentes dans ce même terme, et de partager ainsi l’étude en deux domaines, physiologique et psychologique : « est-il sain pour le corps de boire son urine ? » et « est-il sain pour l’esprit de boire son urine ? ». Deux interrogations qui révèleront des enjeux différents tout en utilisant des notions et des termes similaires.
Nous verrons ainsi l’importance du terme « déchet », aussi bien au niveau corporel qu’au niveau psychique. Pour juger de la dangerosité de l’utilisation interne de l’urine, défenseurs et détracteurs de cette pratique définissent chacun à leur manière le terme « urine ». Qu’est ce que l’urine ? On ne doit toutefois pas perdre de vue que cette définition n’est qu’un argument, voire une perception ou une conviction, pour trancher la question posée. Ainsi certains acteurs dont nous étudierons les argumentaires ont-ils basé leur réponse sur des comparaisons avec d’autres liquides, tandis que d’autres ont privilégié une analyse des composants de l’urine ou une représentation mentale que l’homme se fait de l’urine. Il est alors intéressant de constater comment les définitions successivement faites de ces mêmes termes « urine » et « déchets » peuvent faire évoluer, par des considérations purement sémantiques, la position des différents acteurs dans le débat, ainsi que le débat lui-même.
Martha Christy établit en 1994 dans son livre Your own perfect medicine une définition de l’urine à partir de la comparaison de celle-ci avec le liquide amniotique, ou plus précisément à partir de la comparaison du liquide amniotique avec l’urine. En effet, pour elle, le liquide amniotique n’est rien d’autre que « l’urine fœtale ». Elle explique que :
« Le liquide amniotique dans le lequel baigne le fœtus est avant tout de l’urine. En fait, le bébé inhale ce liquide de façon continue : sans lui, ses poumons ne se développeraient pas. Les médecins pensent également que la douceur de la peau des bébés et leur capacité de cicatriser rapidement après les opérations chirurgicales in utero viennent des propriétés thérapeutiques de l’urine présente dans le liquide amniotique. [2] »
Ce qui est bon pour un bébé ne pourrait donc pas être mauvais pour un adulte. Thèse réfutée par Kim Kelly, infirmière et naturopathe à Seattle, pour qui il est trompeur de dire que le liquide amniotique est composé « avant tout d’urine » comme le suggère Martha Christy.
« Tout ce que l’on peut affirmer, selon Mme Kelly, est que le liquide amniotique, comme l’urine, est composé majoritairement d’eau mais ne présente probablement pas la même composition. En effet l’urine résulte d’un filtrage du sang par les reins et permet l’évacuation des déchets du corps. Dans le cas du bébé, ces déchets ne sont pas évacués par son urine mais par l’urine de sa mère. [10] »
Nous voyons alors apparaître une nouvelle notion : la composition de l’urine. La proposition de Martha Christy pour prouver le bienfait d’ingérer son urine serait irrecevable car l’urine et le liquide amniotique n’aurait pas la même composition : ingérer du liquide amniotique sans danger ne serait donc pas synonyme de boire de l’urine sans danger car les composants diffèrent. Cela sous-entendrait donc le fait que l’urine contiendrait peut-être des éléments nocifs que le liquide amniotique ne contiendrait pas. Dans ce cas, quels composants diffèrent entre la composition de ces deux liquides ? Quelle est la véritable composition de l’urine ?
En 1996, Christian Tal Schaller affirme dans Amaroli2 que l’urine est composée uniquement « d’éléments bénéfiques à l’équilibre corporel et au bien être ». Pourtant, rejoignant le point de vue de M. Ndo, le directeur général adjoint du Programme National gabonais de Lutte contre le Sida Jean Juste Ngomo a formellement condamné, sur les ondes de la radio nationale du Gabon en 2003, la pratique de l’urinothérapie, une pratique scientifiquement inefficace et irréaliste selon lui. Il a affirmé :
« L’urine est l’un des principaux déchets de l’organisme. La consommer peut être source d’intoxication. [4] »
L’urine, selon lui, semble donc se définir comme un « déchet », terme auquel il associe l’idée de toxicité, c'est-à-dire la capacité de l’urine a crée des effets néfastes sur la santé. Il semble en fait légitimer la toxicité de l’urine par sa composition en déchets. Il est vrai que la vision populaire tend à associer au mot « déchet » l’idée de saleté. En effet, lorsque l’on cherche la définition de ce terme, voilà ce que l’on trouve sur l’encyclopédie populaire en ligne Wikipedia, auquel on accordera un crédit tout relatif, du fait de l’anonymat de ces auteurs, mais qui peut dénoter le point de vue populaire du terme « déchet » : « Un déchet est un résidu de production, de transformation ou d'utilisation que son détenteur destine à l'abandon ». Des définitions similaires sont d’ailleurs apportées par des dictionnaires plus institutionnels, comme Larousse ou Hachette.
Le point de vue développé par Ngomo illustre parfaitement cette définition ; définition contre laquelle les personnes défendant la thérapie par l’urine tente de lutter afin de démontrer la non toxicité de l’ensemble des composants de l’urine. Selon eux, cette dernière porterait en effet préjudice à l’urothérapie. Ils affirment de ce fait l’urine ne contient aucun déchet toxique mais uniquement des « déchets recyclables ». On constatera alors que la controverse se basera sur un composant particulier : l’urée.
Ainsi, pour Catherine Valat, déchet ne signifie-t-il pas obligatoirement toxique. Un déchet pourrait être soit toxique, soit recyclable ou réutilisable. Selon elle :
« [Les substances nocives rejetées par l’organisme] résultent uniquement de mauvaises habitudes : consommation de produits irradiés, aliments avec additifs chimiques, pesticides, alcool, nicotine, caféine, lipides indigestes… [8] »
La personne ayant un régime sain ne rejetterait donc pas de déchets dans ses urines. Bien au contraire, l’urine ne contiendrait que des éléments bénéfiques à l’organisme, comme des vitamines ou des hormones. Boyan Christoforov défend également ce point de vue en affirmant que l’urine ne contiendrait que des « éléments indispensables à la vie » et donc que réingérer ces éléments serait « totalement sans danger puisqu’il ne s’agirait que de leur faire faire un tour de plus dans l’organisme [3] ».
En fait, l’urine serait vue ici comme un liquide transportant tout les surplus, les excès, d’éléments essentiels à notre corps mais que celui-ci rejetterait pour cause de satiété. C’est, par exemple, ce que Brian C. Dobson expose sur son site Internet :
« L’urine est un fluide stérile et antiseptique excrété par les reins. Il est composé des aliments, des métabolites et de l'eau en excès dans le plasma sanguin. Il n'est pas toxique une fois placé dans le système digestif, qui agit en tant qu'organe de stockage pour les produits biochimiques puissants qu'il contient. [11] »
Cette définition du mot déchet est d’ailleurs celle donnée par le dictionnaire de l’Academie Française : « Déchets : Ce qui tombe d'une matière qu'on travaille, qu'on apprête. Par extension, Résidus, rebuts. ». En aucun cas ici n’est par exemple fait mention de matière dont il faut se débarrasser, mais plutôt de matière résiduelle. Le terme de « déchet » n’aurait donc plus aucun sens péjoratif.
Pour autant, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas mauvaise ou toxique que l’urine fait l’unanimité. On trouve sur le site anonyme et acerbe ressourcessceptiques.free.fr cette réflexion allant dans le sens de l’inutilité d’une telle pratique :
« Il est vrai que certains éléments constituants de l'urine sont bénéfiques pour l'être humain. Par exemple, si l'on ingère plus de vitamine C (soluble dans l'eau) que le corps peut traiter ou qu'il lui est nécessaire, le surplus passera dans l'urine. Cela ne signifie pas pour autant que boire son urine est une bonne façon d'obtenir sa vitamine C. Une orange ou un même un comprimé sembleront sans doute plus appétissants. De toutes manières, si on se débarrasse de sa vitamine C excédentaire en urinant, que fera le corps de celle qu'on reprend avec son urine? Si vous avez répondu qu'il va l'éliminer de nouveau, vous gagnez un bon point. S'il y a présence de vitamines et de minéraux dans l'urine, c'est parce que le corps qui l'a produite n'en avait pas besoin ou ne pouvait pas les utiliser. Aussi bien reprendre cette quantité excédentaire avec un grand verre d'eau. [12] »
Pour prouver la non toxicité de l’urine, les urinothérapeutes ont bien souvent recours aux éléments composant l’urine. Pour prouver leur théorie selon laquelle il est sain, même utile, de boire son urine puisqu’elle est composée d’éléments bénéfiques à l’organisme, Catherine Valat et ses collègues font appel aux constituants de l’urine utilisés par les laboratoires pharmaceutiques et dermatologiques. Citons l’urikonase, dont la communauté scientifique s’est accordée à reconnaître les vertus pour déboucher les artères et les veines. Thakkar tentera également de démontrer la non toxicité de l’urine par un éventuel effet immunologique dû aux bactéries présentes dans l’urine : si boire notre urine nous protège des maladies, comment cela pourrait-il être nocif pour notre corps ? Il écrit à ce sujet :
« J’ai pu voir de nombreux malades du sida qui, grâce à l’urine, s’étaient guéris. La raison scientifiquement simple qui explique le succès de cette thérapie contre le sida est probablement la prise des anticorps présents dans l’urine. En les absorbant, les patients reconstituent leur immunité. [13] »
Cette thèse sera reprise par Christian Tal Schaller qui affirmera que les propriétés immunologiques de l’urine « font de ce liquide un remède très efficace contre le Sida et d’autres maladies liées à la faiblesses de la défense immunologique comme la tuberculose [6] ».
Ainsi le site Internet naturinologie.info explique-t-il, en se fondant sur les propos de Schaller, que l’urinothérapie peut se pratiquer en cas de maladies aiguës et chroniques. Pourtant, pour le Docteur Djakbara Mara Lewa [14], la présence d’éléments bénéfiques dans l’urine (ce sur quoi le monde médical s’est accordé) ne prouve en aucun cas la non toxicité de celle-ci et par conséquent sa non dangerosité en tant que « boisson ».Pour Jean-Rollin Ndo, la réponse est, comme nous l’avons vu précédemment, très claire face à ce genre d’affirmations : l’urine peut se révéler dangereuse pour la santé. En effet, beaucoup de « déchets organiques » sont excrétés dans l’urine, comme par exemple la créatine, ainsi que beaucoup d’éléments minéraux et surtout l’urée « très toxique ». Dans le débat de la composition, un nouveau composant récurrent entre alors en jeu : l’urée, dont la toxicité fut, et est toujours, débattue. La toxicité de l’urée constitue en effet le principal argument pour prouver la dangerosité de l’urine au niveau de ses constituants.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes prônant cette pratique ne nous offrent pas d’affirmations claires. Sur le site Internet naturinologie.com on peu lire que « l’urée n’est absolument pas toxique, ni l’acide urique » alors que quelques lignes plus loin, l’expression est nuancée « l’urée n’est presque pas toxique ». L’ensemble des acteurs sembleraient alors s’accorder sur un point : l’urée présente une certaine toxicité, que certains minimisent et d’autres non, suivant le but recherché.
Il s’agit alors de convenir des limites de cette toxicité : urinothérapeutes, médecins, professeurs, ont introduit la notion de dose maximale. On peut constater que c’est à cette période que la controverse sur l’Amaroli s’est transformée en controverse sur l’urinothérapie, c'est-à-dire une pratique contrôlée notamment au niveau de la dose d’urine ingérée. Quelle est la dose d’urée à partir de laquelle celle-ci devient toxique ? Catherine Valat explique dans la revue Choisir et sortir autrement (Numéro 14, juillet-août 2005) que l’urée est toxique dans le sang mais que la « quantité ingérée par sa consommation purifie l’organisme et élimine entre autre les excès de mucus. » Certes l’urée serait toxique, mais à dose importante uniquement, c'est-à-dire que la pratique de l’urinothérapie ne représenterait pas un réel danger tant elle n’apporterait pas une quantité d’urée susceptible de nuire à la santé.
Pour le Docteur Ndo, l’urée semble, au contraire, très toxique dans le sang, même à dose thérapeutique. Il en est de même pour le Docteur Cotelle-Bernard qui explique (propos relatés par Cendrine Barruyer pour le site internet psychologie.com) qu’en pratiquant l’urinothérapie, l’urine de l’adepte va devenir de plus en plus concentrée. La concentration d’urée augmentant, l’urine va devenir peu à peu toxique. Le Dr V., ORL et chirurgien parisien pratiquant la méthode, le souligne :
« Il y a eu des drames, des cas d’hyperurémie (élévation excessive du taux d’urée dans le sang) parce que les gens se sont mis à boire d’un coup toutes leurs urines. [3] » Propos recueillis par Cendrine Barruyer sur psychologie.com qui ajoutera même :
« Il existe aussi un risque de contamination. De nombreuses médecines populaires appliquent des pansements à base d’urine, de matières fécales ou de purin. Résultats catastrophiques : ils communiquent le tétanos. [3] »
Toutefois, de même que pour l’urikonase, un autre argument sera développé se basant sur l’utilisation de ce constituant dans les laboratoires dermatologiques, notamment pour ses propriétés cicatrisantes. Les laboratoires dermatologiques, tels que le laboratoire Eucérin, ne nie pas utiliser ce produit, au contraire, il explique son utilisation au sein de leurs crèmes. Ainsi les laborantins déclarent-ils que :
« L’application de l’urée est sans danger puisque l’urée est non toxique et très peu réactive. Toutefois la stabilité de l'urée peut poser un problème : dans une formule contenant de l'eau trop longtemps conservée, l'urée peut se décomposer en dioxyde de carbone et en ammoniaque. [15] »
Nous voyons, au travers de cette citation, apparaître un nouvel élément dans le débat : les conditions de toxicité de l’urée. La toxicité de l’urée n’est là plus définie à partir de la dose de cet élément mais à partir de ses conditions d’utilisation avec d’autres composants et du temps au bout duquel le mélange ainsi crée sera utilisé. Et même si cet exemple dépend d’un usage externe de l’urine (crèmes pour le visage), on voit tout de même apparaître une nouvelle controverse au sein des acteurs prônant l’urinothérapie : faut-il boire l’urine vieillie ou uniquement l’urine fraîche ? Le mélange eau/urée correspond en effet aux conditions d’utilisation de l’urée au sein de l’urine. Ce mélange crée lors du vieillissement du dioxyde de carbone et de l’ammoniaque. C’est pourquoi Christian Tal Schaller explique qu’il ne faut pas boire de l’urine vieillie mais uniquement de l’urine fraîche et de préférence « the mid-stream of their morning urine », chaque matin. Pourtant Coen Van der Kroon affirme-t-il que l’urine vieillie possède également des vertus... La question du danger physique à boire son urine reste donc plus que jamais ouverte.
Parallèlement à cette question purement physiologique des dangers d’utilisation interne de l’urine se développe, principalement parmi les psychiatres et psychanalystes, une controverse sur le bien fondé psychologique d’un tel acte. Quelles conséquences peut avoir le fait de boire son urine sur la manière dont nous percevons nous-même et notre corps ? Est-ce que la réponse à cette question est universelle ou dépend-elle des différents tabous et normes posés par les institutions nationales ou communautaires ?
Comme le dit Cendrine Barruyer, journaliste déjà citée auparavant,
« Consommer sa propre urine ne doit assurément pas être neutre sur le plan symbolique ». C’est tout au moins la thèse que défend Coen Van der Kroon, dans son livre Elixir de vie : guide complet d’urinothérapie, en affirmant que l’urine aurait un effet psychologique fort. Effet psychologique qui consisterait pour lui à réapprendre à aimer son corps et à s'accepter jusque dans ses rejets. Interviewé par Cendrine Barruyer, le psychanalyste Jean-Pierre Winter répond :
« Faux. Il apprend à s’aimer comme déchet. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la technique a un tel succès en Allemagne et au Japon. Ces pays ont bien des déchets à recycler, au regard de leur histoire. [3] »
On notera une nouvelle fois dans cette déclaration l'utilisation dirigée du mot « déchet » dans un sens plus que péjoratif et commun. Mais Winter va plus loin dans ses déclarations :
« Si cette thérapie “dégoûte”, ce n’est pas parce que l’urine est sale, mais parce qu’elle nourrit le fantasme d’auto-engendrement. Quel est le message de celui qui boit son urine ? “Je n’ai besoin de personne, je me suffis à moi-même.” C’est un véritable rejet de l’autre. [3] »
Ces propos mettent en exergue un isolement auto infligé. Le rejet social ne viendrait pas alors, comme on pourrait le penser, des autres, mais de celui qui opte pour une thérapie par l’urine. On voit alors se dessiner peu à peu dans l’esprit de certains intervenants une analogie entre cette thérapie et les dérives sectaires actuelles. Dans un article de Marianne (N°339, 3ème semaine d’octobre 2003), l’auteur Charles Bénédicte explique « Comment le phénomène sectaire se banalise » et fait on ne peu plus clairement référence à l’urinothérapie :
« Difficile d'imaginer que de tels discours puissent trouver des oreilles attentives ? Erreur ! Les hérauts de ces prétendues « médecines alternatives » peuvent se montrer très persuasifs. C'est ainsi que des gens guère plus stupides ou incultes que la moyenne en arrivent à boire leur propre pipi. Eh oui : l’urino-thérapie (ou amaroli) préconisée par le Dr Christian Tal Schaller a ses adeptes. Ce constat n'a plus rien de comique lorsqu'on sait que, récemment, un bébé de 18 mois a été hospitalisé à la suite d'une urinothérapie. Ou que l'une des nombreuses activités du Dr Schaller, auteur d'ouvrages aussi profonds que Vivre gaiement la joie ou encore Rire pour gai-rire, avec Kinou le clown, consiste à promouvoir le rire en milieu hospitalier. [16] »
Cependant, il est aussi assez intéressant de mettre en parallèle ces déclarations de Jean-Pierre Winter, visant à faire de ceux qui se soignent par l'urine des égoïstes avec celles de Martha Christy, dénonçant plutôt l'égoïsme et l'intéressement des médecins qui ne pratique pas cette thérapie :
« La communauté médicale connaît les étonnantes propriétés [de l'urine] depuis des décennies, sans que le grand public en ait jamais eu vent. Pourquoi ? Peut-être croit-on que le sujet prête trop à la controverse. Mais ce peut être aussi, plus vraisemblablement, parce qu'il n'y a aucun avantage pécuniaire à révéler au public ce que les scientifiques savent déjà à propos du plus efficace des remèdes naturels au monde. [2] »
Néanmoins, alors que le problème économique n'est pas soulevé par tous les urinothérapeutes, le fait que la communauté médicale puisse cacher quelque chose parce qu'il tient du tabou n'est, lui, pas rare dans les propos des partisans à l’utilisation de l’urine. Coen Van der Kroon par exemple s'est tout de suite positionné sur cette question en affirmant que :
« Le blocage est psychologique, la véritable imposture est d'origine culturelle. Dès l'enfance, on nous apprend que l'urine est sale. Or chez un sujet sain, si l'urine n'est pas infectée par un virus quelconque, elle est stérile. On peut donc s'en servir pour désinfecter une plaie, ou la boire pour survivre. [9] »
Ceci tendrait à expliquer pourquoi des pays comme les gouvernements de la Corée, du Japon ou de l'Inde ne se soient jamais indignés devant une telle pratique. Tout simplement parce qu'il n'y a pas matière à être indigné. Là-bas, l'Amaroli tient de la tradition ancestrale et ne souffre d'aucun tabou. Eminemment local selon Emile Durkheim, célèbre sociologue français, le tabou serait principalement religieux et constituerait l’essence même de la société, or ces pays orientaux ont des religions différentes, des sociétés différentes et donc des tabous différents. Ils ne sont pas contraints par les tabous occidentaux imposés par l'Eglise sur le corps humain. Au contraire, l’Amaroli relève même d’un rite religieux hindou. Les pays africains par contre, comme le Cameroun ou le Gabon, anciennes colonies de pays d'Europe, resteraient quant à eux très fermés à l'urinothérapie à cause de leur passé et de leurs tabous trop occidentaux. Walter Last parle pour ce tabou de « conditionnement social » qui l’empêche de faire profiter des secrets de l’urine à ses patients :
« Cela fait de nombreuses années que j'affectionne l'urinothérapie, mais je ne l'ai que rarement indiqué à mes patients, sauf en tant que solution homéopathique, étant donné que notre conditionnement social inspire continuellement un fort sentiment négatif envers ce traitement. [17] »
Pour Claude Orsel, psychiatre et psychanalyste à Paris, ce n’est pas qu’une histoire de tabou. Il pense que l'action consistant à boire son urine tient de graves troubles mentaux. Le site Internet psychonet.fr rapporte ses propos dans un passage de leur article :
« « L'urinothérapie relève d'une angoisse de séparation que l'on comble en tentant de récupérer l'objet perdu et dans ce cas, en réingérant son urine » Chez les enfants par exemple, boire sa propre urine relève d'un grave trouble psychiatrique appelé "pica", contraction de pipi-caca. Et pour les adultes, précise-t-il, « ingérer de l'urine ou des matières fécales est un signe de schizophrénie. On appelle cela la "coprophagie". [18] »
L’urinothérapie n’entraînerait donc, selon lui, pas uniquement de potentielles maladies somatiques dues à la toxicité du liquide, mais aussi de possibles troubles psychiatriques.
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